
Etre pédagogue dans les moments difficiles, c'est savoir organiser son pas (et non pas le calquer) sur celui de son enfant et surtout avoir toujours deux encolures d'avance sur les évènements. C'est un rapport très conscient au temps.
Tout ce qui est capté par les sens ne s’évanouit pas dans la nature quand l’enfant change de décor : cela travaille en lui, se transforme, se digère… ces mouvements internes se manifestent par des mouvements externes : selon la nature de l’enfant, ce sera des sautillements de gaîté, une marche raide, brusque, des courses circulaires, se cacher sous un tapis, s’envelopper dans un tissu, tourner sur lui-même rapidement…
Son humeur aussi est affectée, traversée par l'univers des sentiments : la joie, la nervosité, la contrariété, l’anxiété, la colère, la tristesse...Seul cas alarmant :
lorsque des impressions répétées ne trouvent pas de résolution dans l’organisme, provoquant une indigestion se lisant sur le visage de l'enfant: il est apathique, indifférent, en proie à l’ennui…

Lorsque le groupe semble osciller entre cohérence et chaos, on « cueille » les enfants :
tout en restant dans l’univers qui à été établit, on lance la première consigne. Cela peut être fait à la manière d’un conteur, mais dans tout les cas il ne faut pas que cela « casse » le mouvement impulsé par les enfants, mais que cela le prolonge.Ce qui aurait pu dégénérer en chahut, s’organise, se rythme…La séance s’enracine, et s’impose d’elle-même.
Est ce un jeu où les consignes orientent vers des contre-poids ? Du rythme, de la créativité, ou bien de l'expression théâtrale? Seul le présent peut le dire, et si le pédagogue est en accord avec ce présent, alors il va pouvoir amener le groupe à un temps de relaxation (sans le formuler de telle manière).Ce n’est qu’au moment où le corps est abandonné au sol, que l’enfant va transformer les mouvements intérieurs dont nous avons parlé plus haut. Même très jeune, il se prête volontier à ce moment : il se détend, retourne à lui-même, retrouve sa respiration, et se rend naturellement plus réceptif.
C’est lors de ce moment de relâche corporelle que s’évacuent les tensions de la vie. Et on entre dans l’univers du cirque.A ce stade la séance est amorcée, et cela fait tout au plus 20 minutes qu’elle est officiellement commencée.
Lorsqu’on mène un échauffement, trop parler perturbe l’attention,
et c’est aussi vrai pour n’importe quel âge. Le pédagogue apporte donc beaucoup de soin à son propre mouvement. C'est parce qu’il l’habite entièrement, qu’il lui apporte du crédit et de la clarté. Donc pas besoin de le décrire, de le commenter, il suffit de le vivre. (l’idéal est un deuxième pédagogue qui veille, replace… Une aide très précieuse.)
Pour faire un échauffement, tout ce qui stimule, libère, donne vie et spontanéité au mouvement, peut être utilisé : Mettre en scène des personnages, dans des situations, trouver des gestes qui expriment des états émotionnels, ne pas hésiter à sortir la voix, à taper des mesures, à rentrer dans des rythmes corporels…
Il faut travailler le corps par zone, que l’assouplissement suive la musculation et que chaque mouvement soit présenté dans une continuité, afin que l’échauffement soi cohérent au sein de la séance.
Pour que l’enfant puisse pleinement s'exprimer dans la peinture, il est essentiel de lui donner l’occasion d’observer. Quand l’enfant arrive, juliette est déjà là, absorbée dans son installation et peut être même est-elle dans cette posture depuis l’installation du matériel. (Chacun son talent!)
Chaque personne qui surviendra la verra concentrée sur son occupation et se sentira déjà plus disposé à contempler. En la regardant faire ses esquisses, ses croquis, les enfants seront surpris et enthousiasmés de voir les couleurs prendre vie et forme. En même temps ils seront imprégnés de la manière de le faire.
Après quelque temps d’observation, un enfant s’exclamera : « je veux peindre aussi ! »
Alors elle installe tout ce qu’il faut, et Les enfants sont bientôt installés autour de la bâche: voila l’essaim qui bourdonne : chacun fait son miel!
Les peintures peuvent être affichées au fur et à mesure de la séance. L’enfant accroche son ouvrage, une balle roule, il la ramasse et puis se retrouve à rejoindre ceux qui font du cirque sans l’avoir remarqué.
Le passage dans le monde du cirque pour un enfant introverti peut devenir une véritable joie : celui-là même, que l’on aurait forcé à participer, le voila qui, ayant pris son temps pour rentrer dans l’ambiance, ayant pris tout son temps pour peindre, le voilà qui se jette sur les foulards et les lance en l’air, s’allonge sur le sol et les laisse se poser sur lui comme de papillons.
Voila pourquoi cette activité plus calme : pour que se développe la vitalité de l’enfant de façon progressive .
L’expérience nous apprend qu’un planning préétabli est impossible à tenir :
Il faut avoir un plan général, une sorte de direction globale, mais pour le reste...
Ce n’est que lorsque la rencontre avec les enfants a lieu, que les objectifs, et la manière de les concrétiser se révèlent. Ce qui s’élabore alors est une sorte de plan, une idée directrice, qui n’a de valeur que dans le présent :
Si la séance à été réellement vivante, la structure peut devenir utile pour préparer la suivante : le moteur de l’évolution pédagogique, c’est la maturation de ce qui s’est construit de nouveau au fil des séances, à la lumière du plan général que l’on a imaginé...
Au début, la priorité de l’initiateur est de créer un élan :
Proposer des repères dès les premières séances afin de créer une structure « ritualisée » ou laisser cet ensemble d’habitudes prendre forme naturellement avec le temps…
L’apprentissage des mouvements de base (qui est la fondation du travail ultérieur) pourra s’établir dans la joie grâce à cette structure d’habitudes.
Découvrir les capacités propres à chacun, apprendre qui est l’enfant
(dans sa faiblesse et sa force), et la dynamique propre au groupe.
Pour les enfants c’est l’occasion de se familiariser avec toutes les disciplines, d’en faire les apprentissages, mais aussi se rencontrer au sein d’un groupe, connaître l’autre et soi, faire le pari de la confiance…
Une structure est ce qui nous permet de savoir où on en est dans l’année. Chaque école de cirque a la sienne inhérente à son contexte, qui n’est pas celui de sa voisine et c’est heureux.
Sinon toutes seraient obligées de se ressembler et on aurait un problème d’uniformisation, et donc d’immobilisme. Vive la singularité!